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    June, 2006

    Le dormeur du val

    Le dormeur du val  (A. Rimbaud)

     

    C'est un trou de verdure où chante une rivière,

    Accrochant follement aux herbes des haillons

    D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,

    Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

     

    Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,

    Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,

    Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,

    Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

     

    Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme

    Sourirait un enfant malade, il fait un somme :

    Nature, berce-le chaudement : il a froid.

     

    Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;

    Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,

    Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.






    Chant d'automne  (C. Baudelaire)

     

    Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;

    Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !

    J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres

    Le bois retentissant sur le pavé des cours.

     

    Tout l'hiver va rentrer dans mon être : colère,

    Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,

    Et, comme le soleil dans son enfer polaire,

    Mon coeur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé.

     

    J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;

    L'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd.

    Mon esprit est pareil à la tour qui succombe

    Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

     

    Il me semble, bercé par ce choc monotone,

    Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.

    Pour qui ? - C'était hier l'été ; voici l'automne !

    Ce bruit mystérieux sonne comme un départ






    Harmonie du soir  (C. Baudelaire)

     

    Voici venir les temps où vibrant sur sa tige

    Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;

    Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir ;

    Valse mélancolique et langoureux vertige !

     

    Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;

    Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige ;

    Valse mélancolique et langoureux vertige !

    Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

     

    Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige,

    Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir !

    Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;

    Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.

     

    Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir,

    Du passé lumineux recueille tout vestige !

    Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige...

    Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !






    Le coucher du soleil romantique  (C. Baudelaire)

     

    Que le soleil est beau quand tout frais il se lève,

    Comme une explosion nous lançant son bonjour !

     - Bienheureux celui-là qui peut avec amour

    Saluer son coucher plus glorieux qu'un rêve !

    Je me souviens ! J'ai vu tout, fleur, source, sillon,

    Se pâmer sous son oeil comme un coeur qui palpite...

    - Courons vers l'horizon, il est tard, courons vite,

    Pour attraper au moins un oblique rayon !

    Mais je poursuis en vain le Dieu qui se retire ;

    L'irrésistible Nuit établit son empire,

    Noire, humide, funeste et pleine de frissons ;

    Une odeur de tombeau dans les ténèbres nage,

    Et mon pied peureux froisse, au bord du marécage,

    Des crapauds imprévus et de froids limaçons.